Sommaire :
2014 : Londres
2016 : Lasson, Basly, Lion sur mer
2017 : Jersey
2019 : La Rochelle
2023 : Guernesey
Voyage à Londres, 24-26 octobre 2014
Compte rendu rédigé par Robert Mallet, membre du Conseil d’administration de la SHPN.
Un groupe de 23 personnes conduites par le président Luc Daireaux et par la secrétaire générale Geneniève Cornevin-Ferrari s’est rassemblé à 10 h le vendredi 24 octobre, en haut des escalators de la gare du nord pour embarquer sur un Eurostar. Grande première pour certains. Et nous voici en un clin d’œil en plein Londres, gare Saint-Pancras à deux pas d’un hôtel tout à fait British malgré son nom ‘Euro Hotel’. Nous sommes accueillis par une charmante descendante d’huguenots, Louise du Boulay, membre de notre Société. Le voyage, qui va nous conduire à Rochester, à Canterbury, à Greenwich, a été organisé avec l’aide de membres anglais de la SHPN (certains étaient venus à Luneray en 1997 avec le groupe du Comité protestant des amitiés françaises à l’étranger). Paul Lamy descendant d’un tisserand bolbécais était des nôtres.
À Londres c’était Carolyn Meunier (Madame Charlie de Wet) qui nous a guidés dans le quartier de Spitalfields. Les huguenots, tisserands de rubans de soie et de broderies pour les costumes et robes de la cour, connurent ici des heures de gloire, avant de sombrer dans la ruine, réduits à la soupe populaire. Les maisons, où se trouvaient leurs ateliers, sont aujourd’hui transformées en habitations de luxe. Le quartier, où a sévi dans sa période sombre Jacques l’éventreur, est aujourd’hui fort recherché. La vaste église construite sur le modèle du temple de Charenton, avec d’immenses galeries et de multiples ouvertures, sert aujourd’hui de lieu de réunion. Une autre église huguenote, à Soho, a accueilli notre délégation avec vin rouge, petit pâtés et fromage anglais offerts par la Huguenot Society of Great Britain, pour nous faire entendre ensuite deux conférences fort intéressantes.
Le samedi 25 octobre, nous étions reçus à Rochester par Mr Peter Duval, président du French Hospital, institution qui a déménagé plusieurs fois et changé d’affectation, aujourd’hui un quartier de béguinage et un musée huguenot en préparation qui sera inauguré à l’été 2015. L’étape suivante était la cathédrale de Canterbury où 3000 protestants (d’abord wallons, puis français) tenaient leur culte dans l’immense crypte dès 1550 ! Un culte en français se tient toujours dans une petite chapelle attenante où nous fûmes reçus. On nous annonça que l’idée que quelques Luneraysiens avaient suggérée de mettre une pierre gravée à l’emplacement de la chaire des prédicants d’alors, avait été retenue et que celle-ci serait mise en place le mois prochain.
Le dimanche 26 octobre, nous étions sur les traces de Dumont de Bostaquet, à Greenwich, avant de prendre le train de retour et de nous retrouver chez nous le soir même, contents et fort reconnaissants. Il est certain qu’un lien a été établi désormais avec nos cousins anglais.
1er octobre 2016 : Lasson, Basly, Lion-sur-mer

Cliquer ici pour découvrir le compte-rendu de cette journée
L’excursion du samedi 1er octobre 2016 nous a permis de découvrir deux châteaux de style Renaissance entre Caen et la mer, châteaux associés au protestantisme à certains moments de leur histoire. Nous avons été chaleureusement accueillis par les propriétaires, Monsieur et Madame Vermès pour le château de Lasson, M. et Mme de Monicault pour le château de Lion sur Mer. Etienne Faisant, grand spécialiste de l’architecture Renaissance en Normandie, nous a guidés dans ces visites.
2017 : Jersey
La SHPN sur les traces des huguenots réfugiés à Jersey et sur les traces des méthodistes (2-4 juin 2017)
Après un premier voyage outre-Manche en 2014, à Londres, Rochester, Canterbury et Greenwich, l’idée avait germé d’aller dans les Iles anglo-normandes, certes plus proches géographiquement mais plus difficiles d’accès. Les dates, les heures et l’amplitude des marées avaient rendu le choix d’une date fort compliquée, et nous devions nous contenter de Jersey pour cette fois.
Finalement, nous étions une vingtaine au départ de Saint-Malo, prêts pour deux jours et demi de belles découvertes, de belles rencontres aussi, le tout par un temps estival.
Le parallèle avec les migrants actuels traversant la Méditerranée sur des bateaux surchargés permet d’imaginer un peu les conditions de traversée des protestants d’il y a 350 ans, fuyant les persécutions, préférant tout abandonner pour ne pas renier leur foi. Des parents préféraient même se séparer de leurs enfants et les envoyer seuls aux îles ou en Angleterre pour éviter qu’on ne les leur enlève pour les mettre dans un couvent de nouveaux ou nouvelles catholiques. A quelques heures de voile de Granville, les bas-normands trouvaient une terre d’accueil où l’on pratiquait un protestantisme calviniste, en français, et où les autochtones s’exprimaient dans un patois normand proche du leur, le jérriais.
Le protestantisme à Jersey
Pour des raisons de langue et de proximité, les idées de la Réforme arrivèrent à Jersey par la Normandie. Elles furent bien accueillies car les dignitaires catholiques anglais ou de l’évêché de Coutances dont dépendait l’île, ne mettaient jamais les pieds à Jersey, mais n’oubliaient pas de prélever taxes et impôts. L’organisation de l’Église à Jersey fut calquée sur le modèle calviniste et au début, la majorité des pasteurs venaient de France. Pendant les guerres de religion, les ‘ministres’ n’avaient que quelques jours pour quitter le pays et on compta jusqu’à 16 ou 17 ministres normands à Jersey. Faute de pouvoir tous obtenir un ministère, ils se faisaient maîtres d’école ou ‘régents’. La paix revenue, la plupart rentraient en France. Il y eut un très bref intermède catholique sous le règne de Mary Stuart (Marie la sanglante) avant qu’Élisabeth Tudor, protestante, n’accède au trône. Au XVIIème siècle, l’anglicanisme s’est imposé, plus officiellement que dans la pratique. Le XIXème siècle a marqué un tournant dans la pratique religieuse avec le développement du Méthodisme. (Voir la « Brève histoire du Méthodisme dans les îles anglo-normandes » publiée dans le bulletin 61, sous la plume du pasteur Jean-Louis Prunier).
L’île s’est couverte de ‘ chapelles’ méthodistes, et la taille des édifices que nous avons pu visiter ou apercevoir suggèrent une ferveur difficile à imaginer de nos jours. (Plusieurs églises ont été désaffectées et vendues). Le français a été utilisé assez tard dans les paroisses de l’intérieur, alors que les villes côtières sont passées à l’anglais dès le milieu du XIXème siècle. Le ‘Methodist Centre’ de Saint Hélier, église dessinée par l’architecte jersiais Philippe Brée (ancêtre maternel des pasteurs André et Yves Gounelle), bâtie en 1847, pouvait accueillir jusqu’à 1600 fidèles. Elle a été remaniée en 1901 puis en 1999-2001. Nous y avons été très bien accueillis par trois historiens du méthodisme, John Le Gresley, David Marrett, et Rory Hill, docteur en géographie de l’université d’Oxford, traducteur d’un texte de Michel Monteil sur l’émigration française vers Jersey au XIXe siècle
Puis nous avons effectué un retour dans le temps pour la visite de l’église paroissiale de Saint Hélier dont les parties les plus anciennes remontent au XIème siècle. Il y eut des agrandissements importants au milieu du XVème siècle.
La période calviniste de cette église commença en 1548 lorsque le fils d’Henry VIII et de Jeanne Seymour, Edouard (Edward) VI, qui n’avait pas dix ans en accédant au trône, ordonna la destruction de tout objet de superstition. Les Jersiais obéirent avec zèle, détruisant le mobilier sacerdotal et brisant les vitraux. Les fonts baptismaux et les autels furent victimes de ce vandalisme, et les baptêmes se firent désormais dans des sortes de cuvettes en étain ou en argent, dont certaines sont visibles dans une vitrine. Ministre et anciens, vêtus de noir, présidaient solennellement la sainte cène une fois par trimestre, devant une table de communion placée au pied de la chaire. Les cultes étaient conduits dans la langue vernaculaire, le français en l’occurrence.
Nous avons pu imaginer les nouveaux arrivants, se présentant au pasteur et à la communauté pour être à nouveau admis au sein de l’Eglise protestante, eux qui avaient été contraints d’abjurer pour échapper aux dragonnades et qui avaient dû se rendre à la messe par peur d’être dénoncés comme relaps. Ils faisaient donc, pour retrouver une place au sein de la vraie foi, ‘ acte de reconnaissance’, confessant être tombés dans l’erreur papiste.
C’était aussi un acte social. Les réfugiés faisaient leur paix non seulement avec Dieu mais avec la communauté d’autres croyants.
Les historiens du Refuge ont trouvé dans les registres du Greffe ecclésiastique de St-Hélier une liste de 484 réfugiés qui firent acte de reconnaissance à Jersey entre 1685 et 1715. La plupart des entrées précisaient l’origine du réfugié, parfois son âge, plus rarement sa profession. Robert Nash, président de la société huguenote d’Australie, a analysé ces données dans un excellent article publié dans le Huguenot society Journal. On retrouve parmi les émigrés un bon nombre de St-Lois, de protestants du Chefresne, un peu moins de caennais qui partaient vers la Hollande ou directement vers l’Angleterre.
Précisons avant de quitter la ‘town church’ qu’à partir de la Restauration de Charles II Stuart en 1660, elle applique le rite anglican, avec une version en français du ‘book of Common Prayer’ utilisée à partir de 1663 jusqu’à ce que l’anglais remplace le français. Le XVIIIème et XIXème siècles ont apporté leur lot de monuments commémoratifs sur les murs ; Que de familles originaires de Normandie parmi ces plaques !
Notre guide était Anna Baghiani, de la société Jersiaise qui allait nous recevoir dans l’après-midi, pour une présentation des trésors de la bibliothèque, une collation, et une conférence par John Nash.
Le deuxième jour était consacré à la découverte de l’île à bord d’un autocar. Notre guide francophone était intarissable en anecdotes ; les plus courageux – et les plus valides- sont montés dans les tours du château de Mont Orgueil, sur la presqu’île de Gorey, d’où l’on peut voir les côtes du Cotentin.
Puis ce furent les jardins botaniques de Samares Manor, la visite de l’église de St Saviour et du cimetière paroissial, de la chapelle des pêcheurs aux fresques du XIVèmesiècle, et, inespérée, la visite de l’église St Matthew entièrement décorée par le grand verrier Lalique, à la demande de sa vieille amie, la veuve du pharmacien Boot (tous ceux qui ont voyagé en Angleterre connaissent Boot’s the chemist !)
Toutes les bonnes choses ont une fin et le troisième jour qui était le dimanche de Pentecôte, certains allèrent à l’église (anglicane ou méthodiste), d’autre au musée de la Marine avant de visiter le musée de Jersey (où l’on parle un peu des huguenots, mais pas assez à notre avis) et la maison du marchand.
Ascension 2019 : À la découverte du passé huguenot en Vendée et à La Rochelle.
Du 30 mai au 1er juin 2019, une quinzaine de membres de la SHPN, conduits par Luc Daireaux et Geneviève Cornevin-Ferrari, se sont retrouvés pour partager leur soif de mieux connaître l’histoire protestante en Vendée et à la Rochelle.
Participer au voyage annuel de la SHPN (Société d’histoire du protestantisme en Normandie), c’est bien sûr visiter quelques lieux gardiens de mémoire huguenote, mais aussi partager l’itinérance d’un groupe convivial à l’intérieur duquel les ignorants côtoient quelques incollables, les uns et les autres soucieux d’enrichir leurs connaissances forcément parcellaires ou incomplètes. Première étape et premier rendez-vous : le musée de la France protestante de l’Ouest au lieu-dit « Le Bois-Tiffrais ». Là, conduit par le pasteur Denis Vatinel, conservateur et guide soucieux de permettre à chacun de s’approprier les objets exposés, le petit groupe découvre les quatre siècles de protestantisme qui ont marqué très tôt l’ouest de la France. Pour les accompagner dans leurs découvertes, des documents iconographiques, des cartes, des ouvrages tels que des Bibles et des psautiers, des chaires à prêcher, des méreaux (jetons de communion) et des objets plus domestiques. La SHPN n’est pas venue les mains vides, elle a apporté deux tabourets de mariage du temple de Fresne qui trouveront place dans ce lieu en évolution perpétuelle.
Seconde halte, le lendemain, le logis de Chaligny. Constitué par l’alliance du château et de la ferme autour de laquelle s’organise toute une vie agricole, cette « maison des champs » a été de 1560 jusqu’à 1844 le fief d’une famille protestante, la famille Regnon. Vendu en 1991 à un particulier, ce dernier a mis en œuvre une restauration méthodique, sous le contrôle des architectes des bâtiments de France et avec le concours d’entreprises et d’artisans de la région. À l’arrivée, un ensemble architectural, forestier et floral de toute beauté dont l’écrin sert à accueillir diverses manifestations artistiques ainsi que quelques visites privilégiées.

La Rochelle, un fief protestant
Le même jour, tous les participants se retrouvent à la Rochelle au musée du Nouveau Monde. Ce musée, installé dans un hôtel particulier du XVIIe siècle, l’hôtel Fleuriau du nom de la famille de négociants rochelais qui l’habita durant deux siècles, présente plusieurs collections évoquant les relations avec les Amériques, les Antilles, les Etats-Unis et la Nouvelle France. La traite négrière menée depuis la Rochelle avec la participation active de quelques bourgeois protestants y est mentionnée dans l’une des premières salles. Après une soirée chaleureuse passée en terrasse sous un soleil radieux, le rendez-vous est fixé le lendemain matin au musée rochelais d’histoire protestante. Mitoyen du temple, ce musée présente une riche collection d’objets, de documents et de gravures qui permettent de suivre la vie des protestants rochelais et saintongeais du XVIème siècle à nos jours. Des souvenirs du Grand Siège de 1627-1628 fascinent les visiteurs par la méticulosité de leur dessin, des plats réalisés par l’école de Bernard Palissy, l’insigne que portaient les partisans du duc de Guise lors de la Saint Barthélémy font partie des raretés. À la sortie, une petite bibliothèque riche en ouvrages du XVIIe et du XVIIIe siècle, offre une collection de Bibles dans toutes les langues éditées au XIXe siècle. Suit une visite pédestre qui attire l’attention sur quelques spécificités architecturales de la ville, qu’elles soient protestantes ou non, notamment ces arcades destinées à l’origine, non à se protéger comme aujourd’hui des caprices du ciel, mais à faire du négoce en présentant dehors tout ce qu’il y avait à vendre. La dernière visite se fera à la médiathèque Michel Crépeau.
Riche d’un chemin équilibré en visites et en rencontres, chacun reprit sa route, non sans avoir chaleureusement remercié les organisateurs.
Eric Trocmé
Voyage à Guernesey : 19 au 21 mai 2023
La SHPN propose un voyage à Guernesey du 19 au 21 mai 2023 (sous réserve des conditions sanitaires)